« Marianne, lui a-t-il dit, je ne suis pas croyant mais il m’arrive de penser que Dieu t’a créée pour moi. »

Je ne suis pas croyante non plus, ni versée dans la spiritualité, mais je crois en une certaine magie, inexplicable et irrationnelle, qui rassemble épisodiquement deux êtres, qui les réunit en pointillés au court de leur existence et jamais ne meurt.

J’ai vraiment vu ça dans l’histoire de Marianne et Connell, et j’ai adoré la complexité de leur amour : des âmes qui se retrouvent et se séparent dans une totale confusion, mais qui chaque fois se reconnaissent intimement, comme dans un miroir. Dès lors qu’ils se retrouvent, la magie est aussi intense que fugace : leurs corps se répondent mais les deux jeunes gens n’arrivent pas à se parler. Quelque chose est dissonant ; ils taisent l’essentiel, interprètent, déforment, répondent à la question de l’autre par une nouvelle question, communiquent aussi mal que des étrangers entre deux continents. Puis la vie les appelle ailleurs, et ils se séparent à nouveau… Pour se retrouver un mois, un an plus tard, soit au hasard, soit pour des occasions particulières, comme un frère et une sœur.

J’ai aussi pensé au titre iconique chanté par Jeanne Moreau, « Le tourbillon de la vie », dans « Jules et Jim » de François Truffaut ; ce mouvement continuel de l’amour qui éloigne et finit toujours pas unir deux cœurs sincères.

Voilà, j’ai adoré ce livre, c’est un beau roman d’amour et d’apprentissage, dépourvu de clichés, à l’écriture beaucoup moins lisse qu’il n’y paraît. J’ai d’abord buté contre des phrases brèves, incisives, sans marques de dialogues ; quand je m’y suis habituée, j’ai compris que cela participait à une tension sourde et à cette communication délibérément brouillée entre les personnages. J’ai aussi aimé tout le travail d’analyse sur la fragilité et la cruauté de l’adolescence, sur le regard de l’autre comme juge suprême, sur le poids social et sur l’affranchissement d’un milieu. J’ai adoré l’organisation de la narration, les ellipses et les retours en arrière, et la précision des « détails scéniques », très réalistes, qui me laissent penser que ce texte était idéal pour une adaptation à l’écran. 

Ci-contre, quelques images de l’adaptation en série réalisée par Lenny Abrahamson et Hetty MacDonald, diffusée sur France 5. Je l’ai trouvée juste, sans mièvrerie, envoûtante et au plus près de mon cœur de romantique.

Traduit de l’anglais (Irlande) par Stéphane Roques.

Editions de l’Olivier, mars 2021.

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