Au début ils sont cinq : cinq amis dont on devine l’espièglerie, le désœuvrement et la complicité à travers les gestes alanguis et chahuteurs, les fronts baissés et les mains dans les poches. Ils sont partis à vélo à travers les montagnes pour s’installer au cœur d’un bois sous le ciel étoilé, sortent les bières des sacs à dos, allument leurs premières cigarettes dans la tombée du soir. Soudain l’un d’eux disparaît : on s’inquiète, son nom résonne à travers le sous-bois, les faisceaux des lampes torches n’en finissent pas de se croiser dans l’obscurité. On appelle à l’aide, la police prend des mesures : une enquête est ouverte.

C’est l’histoire d’une mystérieuse disparition dans un petit village de montagnes, près d’un lac, mais surtout d’une absence douloureuse qui subsiste tandis que le temps s’étire, inexorablement. Comment les quatre amis vont-ils se débrouiller avec ce manque ?

Margaux Othats signe une œuvre magistrale, tout en images. Pas de bulles, pas de textes : tout est dans les couleurs, les nuances et les détails merveilleusement réalistes, qui incitent le lecteur à redoubler d’attention et à restituer lui-même les émotions et les dialogues à partir des silences, des postures et des visages fantômes.
Entre ombres indigo et lumières dorées, routes enneigées et montagnes radieuses, la nature forme un enchaînement de tableaux vivants et sublimes, et joue son rôle propre dans le drame : tantôt hostile, évocatrice de la tension et du chagrin, tantôt désolée, témoin muet et impuissant, tantôt apaisante et finalement porteuse d’espoir : les saisons se succèdent et la vie continue, envers et contre tout.

Ce livre est un chef-d’œuvre qui fascine et interroge, qu’on a envie de relire à l’infini soit pour déceler l’indice qui nous aurait échappé, soit pour admirer la puissance esthétique du trait et des couleurs. C’est un livre inclassable, d’une beauté saisissante, presque cinématographique, qui se savoure comme un film muet.

Editions Magnani, 2019