Le titre Sodome et Gomorrhe et en couverture la belle esquisse de cette jeune femme nue dans sa salle de bain, sont largement évocateurs : l’homosexualité est au centre du 4ème volet de La recherche.
Cette jolie rousse penchée sur son reflet pourrait être Albertine, la nouvelle compagne de Marcel : se prépare-t-elle pour le rejoindre ? Oh que non ! Elle se rafraîchit avant d’aller valser collé-serré avec son amie Andrée, au milieu de jeunes femmes ébahies qui se guettent à la dérobée dans les miroirs du casino de Balbec. Et pendant ce temps, le baron de Charlus, fardé comme une jeune fille, lance des œillades plus que suggestives au petit giletier ou au jeune violoniste, et risque une approche en se dandinant dans un costume noir.
Marcel grandit et va de surprise en surprise : plus il évolue, plus les pratiques sexuelles des uns et des autres se révèlent à lui. Derrière les politesses mécaniques, les parures et les monocles, autant chez les Guermantes que chez les Verdurin, c’est une pagaille d’homosexuels, de liaisons secrètes, de cocottes et de gigolos pleins de désir, qui ne s’assument guère et mènent plusieurs vies. A ce titre, l’aspect théâtral de certaines scènes et les jeux de regards sont fascinants.
Spectateur ravi et discret, Marcel contemple, étudie, écoute et quand il s’éloigne des salons, il tente de percer les mystères d’Albertine : à travers sa jalousie féroce, entre l’orgueil et l’angoisse de ne pas être aimé, il offre au lecteur une analyse d’une incroyable finesse. Pour qui a profondément aimé, c’est un puits de réflexions et une grande source de réconfort.
Enfin ce volume contient sans doute les pages les plus déchirantes de toute l’œuvre et je les ai recopiées dans un carnet tant elles font écho à mon expérience. Je n’en dis pas plus, mais celui qui a vécu le deuil à l’âge de l’enfance lira le « passage de la bottine » et celui des « intermittences du cœur » comme dans son âme.

« Mais dis-moi, toi qui sais, ce n’est pas vrai que les morts ne vivent plus. Ce n’est pas vrai tout de même, malgré ce qu’on dit, puisque grand-mère existe encore. » Mon père sourit tristement.

Editions Folio, 1972