Que se passe-t-il chez les Guermantes, dans le salon le plus prestigieux du faubourg Saint-Germain que Marcel souhaite intégrer à tout prix ? Pas grand-chose, hélas ! Hormis quelques sourires crispés et toutes sortes de méchancetés en robe du soir.
Je me suis poliment ennuyée dans ce 3ème tome… que j’ai trouvé plus mondain, plus politique – il y est beaucoup question de l’affaire Dreyfus- et bien plus long que les précédents.
Les salons parisiens y tiennent une place importante et ce n’est pas toujours facile d’identifier chaque personnage et sa lignée, de suivre les intrigues et les cachotteries. Ce qui est certain : Proust a toujours l’ironie parfaite, la formule juste pour révéler la laideur et la vacuité derrière les monocles et sous les chapeaux.
À la fenêtre des salons, on respire un peu : c’est toujours la grâce de Marcel qui nous entraîne d’une rencontre à l’autre, d’une fulgurance à l’autre, et nous fait vivre des scènes bouleversantes et inattendues, notamment avec le personnage le plus chahuteur et le plus sorcier de tout le roman : le baron de Charlus.

J’ai bien entamé le tome suivant qui dépasse toutes mes espérances : j’aime tellement la sensibilité de Marcel, sa manière d’ouvrir des milliers de tiroirs à partir d’un détail, de construire des mondes autour d’une sensation, que j’ai du mal à lire autre chose.

« On a dit que le silence était une force ; dans un tout autre sens il en est une terrible à la disposition de ceux qui sont aimés. Elle accroît l’anxiété de qui attend. Rien n’invite tant à s’approcher d’un être que ce qui en sépare et quelle plus infranchissable barrière que le silence ? On a dit aussi que le silence était un supplice, et capable de rendre fou celui qui y était astreint dans les prisons. Mais quel supplice – plus grand que de garder le silence – de l’endurer de ce qu’on aime ! »

Editions Folio, 1972.