Enfance brisée 

Les pages de ce livre sentent les mangues juteuses, la citronnelle, l’eau de pluie et la fraîcheur de l’eucalyptus, la goyave bien mûre, l’hibiscus en fleur… et si l’on s’y plonge vraiment, on peut facilement entendre des rires et des cris d’enfants cachés dans l’épave d’un combi Volkswagen, au fond d’un terrain vague, sous un grand ciel rose. Parmi eux, une voix s’élève : celle de Gabriel, racontant l’insouciance et la plénitude d’une enfance qui se fendille progressivement, jusqu’à voler en éclat. Le premier choc est vécu à travers la séparation de ses parents qui n’arrivent plus à communiquer. Petit à petit, c’est une fracture beaucoup plus vaste qui entaille le monde de Gabriel : son petit pays d’Afrique, le Burundi, est mis à feu et à sang. La guerre durera 15 ans.

Ce livre m’a enchantée pour son exotisme flamboyant, et surtout pour cette délicieuse enfance tendue comme un drap immaculé, que Gaël Faye entaille d’une plume impeccable, sobre et lumineuse, jusqu’au bout de l’horreur.
Ce premier roman, en partie autobiographique, permet aussi de remettre en perspective le génocide et les guerres qui ont ravagé le Rwanda et le Burundi en 1994 et questionne sur les notions d’ethnie, de déracinement, d’identité et de métissage. Je crois que si son enfance a été brisée et son petit pays anéanti, Gaël Faye s’est construit un nouveau territoire : l’écriture.