Si je ne devais garder qu’un seul souvenir, je choisirais peut-être un après-midi d’été 1990, sur un chemin de terre en Corse, où ma mère marchait à côté de moi jusqu’à la plage en fredonnant « mademoiselle chante le blues » de Patricia Kaas. Et vous, quel souvenir le plus cher voudriez-vous rendre éternel ?

Ce petit livre, c’est ça : trente-six souvenirs plus précieux que la plus précieuse des pierres.

Il est né grâce aux travaux personnels de lycéens, à qui Sébastien Berlendis, professeur de philosophie, a demandé de capturer en quelques mots l’instant de leur jeunesse qui résisterait à l’oubli. Plus tard, et avec leur accord, il décide d’utiliser ce matériau pour réaliser un recueil en remaniant et en étoffant les textes. Le résultat est d’une beauté époustouflante : c’est comme parcourir un carnet de photos Polaroid où figurent des paysages et des portraits à la fois anonymes et familiers. Ce sont des fragments intimes et universels : chacun y trouvera, au moins une fois, le reflet de l’adolescent qu’il a été, depuis le geste lascif jusqu’aux chagrins les plus intenses, en passant par les joies les plus douces, et la sensualité la plus timide.

Ce petit livre m’enchante d’autant plus que Lyon y fait quelques apparitions – et ce n’est pas si courant en littérature : « Nous escaladons le haut portail du parc de la basilique qui domine Lyon. C’est lui qui propose malgré l’interdit et nos tenues peu adéquates, jeans serré, petits talons et robe courte. […] Il n’est pas le plus beau garçon de la classe, mais ses cheveux comme s’il sortait du lit, des lèvres en coussin, un regard comme si l’on ne m’avait jamais regardé. »

Lisez Des saisons adolescentes, c’est une pure merveille.